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Les jardins d'enfants

Actualisation de la profession

des éducateurs de jeunes enfants

 

Cette page contient des témoignages

d'éducateurs de jeunes enfants .

Ils illustrent en vérité les enjeux de la profession

 

 

Tous ceux qui désirent participer à cette page peuvent écrire à bernadette.moussy3@silapedagogie.com

 

 

N°1, Un courrier reçu le 12 septembre 2005

EJE à Paris depuis décembre 2003 en crèche hospitalière

Madame, à la lecture de votre article "jardins d'enfants", j'avais comme objectif de recherche des éléments à une question que des professionnels de la petite enfance m'ont posé "comment l'EJE est elle passée de "Mme Activités" à "Mme la Directrice"?". J'ai alors réalisée à la lecture de votre historique du métier que l'EJE n'a jamais été réellement défini comme "Mme Activité". La jardinière d'enfants avait déjà des responsabilités dignes d'une directrice: ORGANISER l'environnement de l'enfant afin qu'il puisse s'épanouir et développer sa personnalité(...)

Ceci m'amène à penser que se préoccuper de la protection de la petite enfance est le pourquoi véritable de l'existence des lieux accueillant des tous - petits. D'où le caractère indispensable de la présence des EJE dans de tels lieux. La place des EJE me semble étroitement liée à celle laissée aux enfants en tant qu'être humain en devenir. Etre conscient et défendre ce point de vue me semblent les moyens efficaces pour maintenir nos places d'EJE. Remettre en question en permanence cette place (accordée et prise) évite de tomber dans l'illusion de la toute-puissance (nous ne sommes pas seuls). En fait, le décret d'août 2000 n'a que rendu légal notre fonction de responsable. Une incompréhension subsiste dans le fait que nous puissions diriger un établissement n'accueillant pas plus de 30 enfants. Au delà nos compétences seraient dépassées. Je me pose encore la question.

Merci de votre enrichissement à mes remises en question. Bonne continuation

 

N°2: courrier reçu en avril 2007

"Nous savons que nous avons des métiers de grande humilité et ne savons pas toujours les traces que nous laissons dans la vie de ceux que nous croisons..c'est MAGIQUE!
Souvent, dans nos métiers liés à l'humain nous donnons beaucoup d'énergie ,doutant souvent, remettant en questions nos pratiques...Tous ces gestes
sont pour moi des gouttes d'eau dans la mer, mais quand bien même un seul enfant, un seul adulte aurait a puiser dans ce regard et cette écoute
offerts et c'est CADEAU!
J'ai travaille 7 ans en crèche collective en Seine St Denis ; années difficiles mais oh combien FORMATRICES! Ayant eu un passé professionnel à l'aide Sociale A l Enfance en qualité de secrétaire médico-sociale je me retrouvais éducatrice de jeunes enfants dans un milieu fermé, difficile sur le plan humain...choquée trop souvent par des attitudes d'adultes(qui a dit "adultes??")dans la toute puissance vis a vis de l enfant...
Ma dernière expérience dans une crèche collective nourrie par un vrai projet en référence a Emmi Pikler a redonné du sens a ce que je vivais alors professionnellement. Puis animée par le besoin de NATURE je partais m installer a F...
Je travaille depuis O6/2OO2 au sein d une crèche familiale située à M... J'occupe un poste qui venait d être crée et aujourd'hui de part mes fonctions d adjointe suis de plus en plus impliquée dans le travail auprès des adultes(assistantes maternelles et familles) gardant en charge un groupe d enfants 2 matinées par semaines autour d'un projet sur la motricité libre.
Je suis passionnée par ce que je fais depuis 5 ans bientôt ; les assistantes maternelles de part leur diversité leurs richesses naturelles faites de beaucoup de bon sens m'ont beaucoup appris sur l art et la manière...de transmettre!!car ce n est pas non plus un "public" facile mais a leur décharge elles souffrent d' un manque cruel de formation et c est vrai que quelque part ce sont elles qui m' ont remise sur cette route qui se dessinait en moi a savoir comment
transmettre, comment redonner ce que humblement je crois savoir...
J'ai animé en binôme avec la psychologue une formation sur la MOTRICITE LIBRE ET AUTONOME et cela a aussi confirme que j'aimais faire cela. Je pense
que la formation de formateur dispensée par le CNFPT n'est qu'une première marche et qu'il me faudra continuer... Voila très simplement
quelques éléments de mon parcours professionnel depuis mon passage à l'IRTS!"
 

N°3 : deux courriers, en novembre 2003 et en avril 2007

1° courrier reçu en novembre 2003

Les bons souvenirs de Montrouge remontent souvent à la surface depuis mon entrée en licence, car le manque de proximité avec les professeurs et l'absence de connaissances du terrain qui leur fait grand défaut, me rappellent que l'IRTS était un Institut de valeur.

Pour la plupart (99%), les professeurs sont des sociologues et ne connaissent la pratique qu'à travers des entretiens, des analyses statistiques et les oeuvres de leurs auteurs favoris. Par exemple, la matière " ECOLE ET SOCIETE ", nous aurions pu penser en introduction à l'histoire de l'école et par la suite les pédagogies développées tout au long des sociétés anciennes jusqu'à aujourd'hui ? Et bien non, nous ne faisons que de l'histoire du système scolaire, les lois et leurs mise en application.

Pour la matière " INTRODUCTION AUX SCIENCES SOCIALES ", nous sommes des sociologues qui étudions les discours et travaux des sociologues: WEBER, BOURDIEU "ENFANCE ET DEVELOPPEMENT " nous sommes toujours dans la théorie mais là basée sur la psychologie, donc FREUD, KLEIN Nous avons également communication, mathématiques, stage en école,

expression écrite, recherche (avec production d'un mémoire de recherche),grammaire et technologies éducatives

Voilà, cela vous donne une petite idée de la TRES grande différence entre les enseignements à Montrouge et la licence de sciences de l'éducation.

Ils nous préparent à la maîtrise puis à un doctorat mais en aucun cas à la pratique professionnelle.

Mais pour mon cas, mon parcours et mes connaissances d'EJE sont un énorme

bagage.

Tant au niveau des enseignements, des acquisitions, de la méthodologie de l'analyse, qu'au niveau de la pratique professionnelle, je me sens mieux armée pour aller dans un établissement scolaire et devenir progressivement

un" bon" professeur.

Cette licence est très intéressante pour l'étude de notre société, ce qui en soit est très important pour mieux se situer dans une société en plein mouvement.

Mais en terme de pédagogie, il faudrait au moins avoir un cours à ce sujet !

L'ambiance est très bonne dans cette université, nous sommes tous solidaires, d'autant plus que nous sommes tous très souvent en petits groupes et que cela nous demande de nous regrouper et de travailler ensemble sur des sujets qui ne devaient pas au premier abord nous rassembler.

Toutefois, je suis plus souvent dans un groupe d'adultes. Elles sont soit en reconversion, soit après une pause professionnelles comme moi, se retrouvent au sein d'étudiants de 21 ans. Cela crée un grand écart d'intérêts .

Notre groupe à tendance à discuter autour d'un café de ce que pense chacun de la position de Durkheim par rapport à Weber,

Je me sens en plein épanouissement personnel dans ce projet car je sais ce que je souhaite et je sais aussi à quoi m'attendre sur le terrain. Je ne me sens pas perdue ni même en désaccord avec le& enseignements. Je sais que j'y

arriverai.

Je vous donnerai régulièrement des nouvelles si vous me le permettez et ainsi j'aurai le plaisir de vous lire en retour.

Je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d'année et vraiment merci pour votre réponse.

Vous avez été et encore aujourd'hui pour moi une pierre de mon édifice personnel et professionnel et je pense que l'occasion qui m'est offerte de pouvoir vous le dire est encore une magnifique chance.

 

Second courrier en avril 2007, suite à la parution de l'ouvrage sur "Les enjeux du métier d'eje"

Suite à ma licence de sciences de l'éducation, le projet initial était d'intégrer un IUFM et de devenir professeur des écoles spécialisé. Malheureusement, je comptais parmi les chômeurs que l'état appelait "les recalculés" à l'époque et dès la fin de ma licence, les assedics ont mis un terme à mon financement de formation prématurément. C'est ainsi que je suis retournée sur le marché du travail. En désespoir de cause, j'ai dû me résigner à être éducatrice en crèche (ce qui pour moi était vraiment un
arrache cœur). La nécessité de gagner un salaire était certes plus forte que l'envie et la motivation mais le temps de m'adapter, j'ai pu me remettre en selle. C'est une crèche privée, comme il en existe aujourd'hui. Le projet me plaisais et le désir de mettre en évidence le rôle prépondérant de l'eje dans une structure naissante m'a attirée. C'est à force de persévérance que j'ai pu apprécier mon travail. La "combativité" m'a également donné l'occasion de devenir responsable de section puis après une année, je suis devenue coordinatrice des trois sections et responsable formation. Cela me permettait de me sentir éducatrice essentielle au bon fonctionnement du projet pédagogique que l'on m'avait chargée d'écrire. Mais à structure privée nous devrions rajouter "lucrative"! Le chiffre d'affaire était plus important que la qualité d'accueil, ce à quoi je n'adhérais pas. C'est pourquoi je me suis résignée à de nouveau travailler pour gagner ma vie et non plus prendre du plaisir à faire des projets, communiquer avec les familles et entreprendre des partenariats sur le long terme.

Aujourd'hui de nombreux projets foisonnent en moi comme ceux de monter une structure d'accueil qui fonctionnerait avec des méthodes fondées sur le respect de l'enfant, des parents, de l'environnement et de l'économie
sociale.
- Structure réalisée sur le mode HQE "haute qualité environnementale".
- Structure favorisant l'utilisation de matériaux écologiques pour le fonctionnement quotidien : noix de lavage, couches lavables, coton
bio....
- Structure permettant aux parents de participer activement au bon déroulement du projet pédagogique. Celui-ci mettant en évidence le espect des rythmes de tous (mamans pouvant venir allaiter leur enfant à n'importe qu'elle heure de la journée, utilisation d'écharpe de portage, utilisation du lait maternel tiré par les mamans, création non pas de réunions d'information mais de véritable pôle d'échanges entre les parents et les équipes sur les activités ou sur les questionnements quant au développement ou la santé de l'enfant etc
- Structure travaillant en partenariat avec les écoles pour favoriser une adaptation en douceur pour les enfants entrant en première classe de maternelle.
- Structure accueillant les enfants porteurs de handicaps, quels qu'ils soient.
- Structure travaillant en partenariat avec les écoles de formations d'éducateurs de jeunes enfants et spécialisés pour favoriser la remise en question du personnel mais aussi permettre aux écoles non plus d'envoyer seulement des stagiaires mais de créer de véritables centres d'observations.
Le constat personnel aujourd'hui est que l'inadéquation entre la formation et le terrain demeure une épreuve pour tout nouveau diplômé. Elle crée un fossé entre les plus expérimentés motivés, les plus anciens démoralisés et les nouveaux, emplis d'espoirs de découvertes et vites découragés.
Il me semble que tout personnel travaillant auprès d'une population et exerçant une action auprès d'elle devrait avoir accès, non pas à une formation supplémentaire mais plutôt à des analyses de la pratique professionnelle en permanence et tout au long de sa carrière. Cette structure prendrait exemple sur les maisons de F. DOLTO et créerait une nouvelle plate-forme de médiation mais là, basée sur les pratiques sociales exercées et entre professionnels.
L'eje aujourd'hui doit s'adapter aux nouvelles pratiques, aux nouvelles structures de la famille et aux nouveaux cadres de compétences qu'on lui impose, c'est pourquoi il faut faire vite, enfin il me semble.
Tout ceci est peut-être utopique mais cela occupe bien mes rêves les plus fous et comme tout le monde, il m'arrive de croire que j'arriverai un jour à trouver les moyens humains et financiers d'approcher mon rêve.
En attendant, je prépare le concours de professeur des écoles spécialisé.
Voilà pour mes nouvelles.
Je suis heureuse d'apprendre que vous avez pu concrétiser votre projet
d'édition. Je vais le commander sur votre site.
Vous remerciant bien pour vos messages, je vous encourage à continuer à nous
faire partager votre expérience et votre sagesse.
 

N° 4 Reçu le 25 sptembre 2007

Après la formation d'EJE, j'ai passé une licence Sciences de l'éducation à la Sorbonne qui fut très intéressante.

J'ai commencé à exercer en juillet 1997 près d'Orléans. Depuis 10 ans, j'ai travaillé dans différentes villes et dans de multiples types de lieux d'accueils de jeunes enfants (non spécialisés). J'ai exercé dans une quinzaine de lieux d'accueil sur 10 ans car, tout d'abord, mon premier poste très enrichissant, à Orléans, me faisait intervenir dans plusieurs structures et ensuite des opportunités se sont présentées. Mon vécu a été de 2 mois à 4 ans selon les lieux.

Parmi toutes mes expériences et rencontres, j'ai rarement vu de structure Petite Enfance de qualité (même si j'ai quotidiennement vécu des moments de qualité avec les enfants). Je ne sais pas si c'est le fait d'avoir travaillé dans des municipalités mais dans l'ensemble, je suis déçue par la qualité d'accueil qui est proposé aux jeunes enfants aujourd'hui tant de la part des professionnels, des responsables que des communes. Pourtant, de nos jours, tant d'expériences, de recherches, d'articles, de reportages, de livres, d'émissions, de formations etc. montrent l'importance de la qualité d'accueil et de prise en charge du jeune enfant auprès des professionnels et du public ! Les paroles publiques, les écrits et les textes législatifs montrent l'importance du professionnalisme auprès des jeunes enfants mais l'évolution des mentalités est lente et les résistances aux changements inéluctables sont dures (dans tous les sens du terme). Il faut noter que, dans très peu de lieu, l'EJE a concrètement sa place, il est donc rare qu'on lui permette de jouer son rôle. Comment évoluer si tout le monde se satisfait de rester sur ses acquis et de se dire que la structure fonctionne ?!

Frustrée et déçue par la rareté de la qualité d'accueil des jeunes enfants dans notre pays, surtout sur la Côte d'Azur, j'envisage de prendre les choses en main, à mon niveau. Depuis peu, mon projet est de créer un petit jardin d'enfant privé, je m'y atèle activement.