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La méthode Fröbel et

les salles d'asile

 

 

Bibliographie 

 

- Luc Jean Noël" Salles d’asile contre Jardins d’enfants : les vicissitudes de la méthode Fröbel en France (1855-1887) "   , paedagogica historica, XXIX, 1993-2 p.433-458.

- Moussy Bernadette " Jardins d’enfants et école maternelle, histoire parallèle ? ",  communication au premier congrès d’actualité de la recherche en éducation et formation. Paris, CNAM, 25-26-27 mars 1993.

 

Intégration de la méthode Fröbel dans les salles d’asile

 

L’évènement fondateur

 

En juin 1855 la baronne de Marenholtz, disciple de Fr. Fröbel, venue d’Allemagne, est invitée par le Comité central des salles d’asile à faire une présentation au Cours Normal. Les salles d’asiles existent depuis 30 ans, leur programme se réfère aux publications de D. Cochin. Marie pape Carpantier est inspectrice des salles d’asile et accueille la baronne. Par ailleurs les jardins d’enfants existent en Allemagne depuis 1836 et La Baronne de Marenholtz a décidé de consacrer son existence à la propagation de la méthode F. Fröbel. Cet évènement sera relaté dans la revue pédagogique des salles d’asile: " L’ami de l’enfance". Il y fera l’objet de plusieurs articles où la baronne de Marenholtz présentera l’essentiel de la méthode.

Cette dernière n’aura donc pas été importée par son fondateur mais retransmise par sa collaboratrice, en quelque sorte, "de seconde main".

 

La réaction des responsables des salles d’asile.

 

La première démonstration a été l’objet d’attention, le nombre de publications en est une preuve, mais lorsque les responsables des salles d’asile on décidé de s’intéresser à la méthode de Fr. Fröbel il n’était pas question pour eux de modifier la leur. Cette dernière, élaborée entre autre, par M. D. Cochin avait eu le temps de bien s’implanter et répondait toujours aux objectifs des fondateurs et des responsables, au moins dans ses grandes lignes. Il s’agissait alors de mettre à l’abri des dangers de la rue un maximum d’enfants, de les occuper avec des moyens rentables basés sur une organisation militaire (nous rappelons qu’elle a été influencées par les Infants’ school et l’Education Mutuelle), de leur inculquer une instruction morale et religieuse. L’ordre, la discipline, l’instruction morale, la bonté de Dieu sont enseignés ainsi que des connaissances diverses très scolaires.

 

La méthode de Fr. Fröbel va donc ainsi être confrontée à la rigidité des procédés employés, à la divergence d’objectifs éducatifs de la part des fondateurs et des responsables et à une certaine autosatisfaction de la part de ces derniers. En effet, l’approche fröbélienne de l’enfant est essentiellement différente. Son programme basé sur des observations d’enfants à partir desquelles le pédagogue a créé son matériel. Les activités sont donc plus adaptées aux enfants mais demandent des moyens que les salles d’asile n’ont pas.

 

La petite communauté du jardin d’enfants sert de support pour apprendre à respecter les autres et s’épanouir en tant qu’individu. Cette dernière dimension de la pédagogie du Jardin d’enfants est un luxe et peut-être un danger pour les salles d’asiles. Elle sera reprise dans les commentaires de ceux qui ont assisté à la démonstration mais, régulièrement et longtemps reviendra cette incompatibilité entre les salles d’asile ou écoles maternelles qualifiés de populaires et les "riches Jardins d’enfants".

 

C’est pourquoi les choix que vont faire les responsables vont se porter sur ce qui semble pouvoir s’intégrer dans le programme des salles d’asile sans rien remettre en cause de fondamental, il s’agissait de compenser quelques lacunes dans l’organisation, de décharger la directrice en occupant les enfants et rompre la routine.

 

 

Sujet d'intérêt pour la méthode

 

La manipulation de volumes et surfaces géométriques en bois. Ce matériel par lequel l’enfant pouvait découvrir de nombreuses notions ne pouvait que provoquer de l’intérêt de la part des responsables qui tenaient à ne pas abaisser le niveau de l'enseignement. De plus si F. Fröbel demande que l’on considère l’enfant comme étant le maître de son activité, en même temps et de façon contradictoire, il influence l’enfant avec ses objectifs philosophiques, il l’enferme dans un processus de manipulations dirigées. Ceci s’accordait bien avec l’organisation habituelle des salles d’asile.

 

Les jeux et exercices de gymnastique.

Les directrices devaient commander "une foule de mouvements des mains et des pieds" ou évolutions pour couper les leçons, qui ne devaient pas durer plus de 10 à 15 minutes. Il est vrai que monter et descendre des gradins en ordre ne pouvaient apporter aux enfants qu’une détente limitée et les exercices de gymnastique de F. Fröbel, où entre autre les enfants pouvaient s’imaginer être un personnage, étaient plus appropriées. D’après les commentaires il apparaît que la gymnastique a été surtout appréciée pour occuper les enfants lorsqu’ils étaient sous le préau.

 

Les activités manuelles.

Le travail dans les salles d’asile est un moyen de s’éduquer et de faire des acquisitions. On trouve ici le désir de prendre dans la méthode ce qui prépare les enfants à leur avenir par de bonnes habitudes de discipline et de concentration qu’il conserveront par la suite . Mais si la Baronne de Marenholtz évoque la nécessité pour des enfants d’ouvriers à apprendre à travailler, elle parle aussi de la gratuité des activités et cette dernière dimension est moins apte à attirer l’adhésion des responsables des salles d’asile.

 

Les causeries

Elles trouvent une correspondance avec les leçons où l’on enseigne les matières scolaires mais, la démarche fondamentale n’est pas la même. Dans la méthode de Jardins d’enfants la participation active de l’enfant est essentielle il découvre et s’exprime au fur et à mesure du questionnement, sous l’impulsion donnée par la jardinière, alors que dans les salles d’asile les enfants ne font que répéter ce que la directrice enseigne.

 

Le jardinage

Il sera évoqué avec méfiance, on sait que ce sera difficile à réaliser.

Parallèlement il est décidé d’intégrer ces différents exercices dans l’enseignement du Cours Normal et l’on va même faire une demande afin de débloquer un budget pour les directrices qui désirent les pratiquer avec les enfants.

-Dans la législation, des modifications paraissent dues à Fröbel sans que cela lui soit explicitement attribué. L’arrêté " relatif au règlement et au régime intérieur des salles d'asiles ", quatre ans après la première démonstration de la baronne, laisse plus de place aux exercices physiques et au jeu.

-L’éducation morale dont parle Fröbel ne sera pas reprise par les responsables des salles d’asiles. Ce que propose Fröbel demande trop de liberté de choix aux enfants !

 

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 Réactions de défense

 

Elles vont s’exprimer lorsque des auteurs vont partager leur intérêt vis à vis de la méthode ou critiquer les salles d’asiles; en particulier à la suite d’articles qui relatent l’implantation à l’étranger de la méthode, en Belgique, Allemagne, Angleterre. C ’est ainsi que l’esprit inventif de F. Fröbel est nié. On rappelle que D. Cochin et E. Rendu avaient déjà pensé à protéger les enfants des dangers de la rue. L’approche philosophique du matériel est cataloguée de "rêverie allemande". Pendant sept ans, entre 1858 et 1865 il n'y aura aucun article dans "L’ami de l’enfance" sur la méthode Fröbel en France ou à l'étranger.

L’importation de la méthode interprétée fidèlement ou pas, met en relief les imperfections des salles d’asiles, et en particulier ses manques sur le plan d’une pédagogie adaptée aux enfants d’age pré scolaire.

 

Parmi les responsables, M. Pape Carpantier la directrice du Cours Normal d’alors paraît y avoir été tout particulièrement sensible. Elle avait déjà exprimé des idées similaires à celles de Fröbel dans: "Conseil aux directeurs des salles d’asile" en 1845, elle donne déjà de l’importance à la nature, au développement des sens suivit de l’apprentissage des mots. Rappelons que pour elle l 'enseignement donné dans les salles d'asiles doit être essentiellement pratique. Elle insiste aussi sur le travail manuel. Très observatrice du comportement des petits; elle demande que le nombre d’enfants par classe diminue. On lui reprochera même à la suite d’une de ses publication: "Le secret d’un grain de sable où la géométrie de la Nature" 1883, d’avoir été impressionnée par F. Fröbel

 

 

Comment les directrices des salles d’asile

vont intégrer la méthode de F.Fröbel

 

Pour le découvrir nous nous sommes référée aux commentaires des inspectrices, en particulier M. Pape Carpantier, P. Kergomard, et R. Chalamet. La révélatrice la plus véhémente de cette transformation sera P. Kergomard qui par l’intermédiaire de ses rapports d’inspection et de ses autres publications se révoltera contre la façon dont la méthode a été intégrée. Il ne s’agira plus à ce moment des salles d’asile, mais des écoles maternelles, puisqu’elle sera inspectrice après 1881 date de la suppressions du terme d’asile !

 

Les travaux manuels, qui existaient déjà sous forme de travaux d’ aiguilles, de tricot, de reprises, de parfilage ont échappé apparemment à la rigidité du processus de "reconstruction" qui était conseillé dans la méthode Fröbel.

 

Les leçons ou causeries feront l’objet en avril mai 1865 et juin juillet 1865 dans "L’ami de l’enfance" d’une démonstration d’Aymé Cécyl. La rédaction va vanter les causeries recommandées par Fröbel. Mais dans ses explications on est loin de la causerie du Jardin d’enfants, elles ressemblent beaucoup à celles pratiquées habituellement dans les salles d’asile et où la maîtresse fait une démonstration plus ou moins convaincante sur la présentation d’un sujet sans participation des enfants.

 

La manipulation du matériel, c’est à dire les volumes et surfaces géométriques inventés par F. Fröbel, va se rigidifier. Le pouvoir de séduction que cela a pu avoir sur les directrices s’explique car celui qui existait était très scolaire: quelques gradins ou bancs, tableaux de lecture, bouliers compteurs, tableau noir, images, quelques ustensiles de ménage... De plus la façon de présenter ce matériel avec son processus bien élaboré qui devait avoir des conséquences éducatives "magiques", le terme a été employé par Marie Pape Carpantier et Rose Chalamet, elle aussi inspectrice, ne pouvait que plaire. D’après P. Kergomard les mouvements de gymnastique sont devenus machinaux "ils consistent à faire le petit moulin et à imiter le vol des mouches". Elle regrette l'invasion de la philosophie et de la géométrie pour les pliages et le dessin géométrique. Cette manipulation de matériel, dans les mains des directrices met ici en relief la nécessité d’une formation pouvant leur permettre de s’approprier une méthode après en avoir analysé les avantages et les inconvénients. Mais à l’époque des salles d’asile les directrices ont plus appris à obéir à des directives qu’à avoir l’esprit critique. Ce n’est qu’à la fin du siècle, lorsque Pauline Kergomard a voulu introduire "La méthode française" qu’il leur fut demandé d’avoir de l’initiative et d’inventer.

De plus les classes étaient composées d’un nombre d’enfants tel qu’elles seraient actuellement inacceptables. Dans la description des jardins d’enfants la baronne de Marenholtz évoque la nécessité qu’il y ait deux institutrices pour quarante petits alors qu’en France les classes en accueillaient 100 à 200. Avec l’ère des écoles maternelles le sectionnement se mettra en place très lentement. Mais la proportion entre maîtresses et enfants, indispensable pour permettre la réalisation de la méthode des jardins d’enfants ne sera possible dans les écoles maternelles que bien plus tard.

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Les Sociétés de jardins d'enfants

 

 Pour les jardins d’enfants en France.

-Parallèlement au processus d’intégration de la méthode des Jardins d’enfants aux salles d’asiles et aux écoles maternelles vont se mettre en place des sociétés et des comités dont l’objectif sera de la propager.

 

Se crée en 1856 un Comité des patronages de Jardin d’enfants. (Des établissement se seraient fondés à cette époque dans le Sud Ouest vers Bordeaux, mais cela reste à contrôler) . Le résultat fut médiocre.

 

En 1870 une "Société des écoles enfantines" cherche comment importer la méthode en France.

 

En 1871 se fonde une "Association pour l'étude et la propagation des meilleures méthodes d'enseignement dans les écoles et les salles d'asile". Le conseil municipal de Paris lui accorde une subvention annuelle et envoie des personnes compétentes étudier la méthode en Belgique et en Allemagne. Elle crée une installation spéciale dans une salle d'asile rue de Puebla et rue Boursault.

 

En 1880: création d'une Société Fröbel qui obtient l'autorisation de faire une expérimentation au 40 rue Madame. D’après R. Chalamet l'imagination manquait aux participants pour dépasser la démarche analytique qui sou tend la méthode. Comme nous l’avons vu plus haut quand on a voulut l’introduire dans les écoles, les institutrices n'étaient pas préparées à la comprendre.

 

En 1882: La Société renonce à suivre la pensée de Fröbel et prend le nom de "Société des écoles enfantines".

 

En 1883-1885 elle se transforme en : "Association pour l'étude et la propagation des meilleures méthodes d'enseignement dans les écoles maternelles, enfantines et primaires".

Mises en place surtout pendant la période des salles d’asile; leur courte durée laisse supposer que les créateurs et adhérents se sont heurté à de nombreuses difficultés à la fois pour s’implanter davantage dans les salles d’asile et pour ouvrir des jardins d’enfants.

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