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Jean Itard
Bibliographie
- Chappey J.L.; "La Société des
Observateurs de l'homme (1799-1804). Des anthropologues au temps de Bonaparte"
- Copans Jean et Jamin Jean,
Aux
origines de l'anthropologie française (Les Mémoires de la Société des
Observateurs de l'Homme en l'an VIII), Paris, Le Sycomore, 1978
- Gineste Th., "Victor de l'Aveyron, dernier enfant sauvage, premier enfant
fou", Paris, Hachette, col. pluriel, 1993
- Malson J., "Les enfants sauvages", coll. 10/18, 1964
-"Itard inédit", Préface d'A. Brauner; Privat, lieux de l'enfance N°14-15,
- Michelet André; "Les outils de l'enfance" Premier tome, "Itard et le sauvage
de l'Aveyron" p.12; Delachaux et Niestlé
.Film et vidéo
- Truffaut F.; "l'enfant sauvage"
sites
http://goelano.chez.tiscali.fr/3-Instruado/JeanITARD.htm
http://perso.wanadoo.fr/alain.kerlan/HISDOC%2002%20%20ITARD.htm
http://www.adaptationscolaire.org/themes/adapsco/documents/hist_ped.pdf
Biographie

Jean Itard est né en Provence. Médecin, il entre à l'hôpital militaire de Toulon
en 1791 pour ne pas faire la guerre. Nommé chirurgien au Val de Grâce, il suit
l'enseignement donné par Pinel alors médecin à la Salpêtrière.
En 1800 il devient médecin chef de l'institut de jeunes sourds à Paris jusqu'à
sa mort en 1838.
Il veut importer le langage oral à la place du langage des mimiques de l'Abbé de
l'épée et tente d’imposer la démutisation. Il soigne les sourds-muets chez lui.
Publie sur la rééducation des sourds.
En 1828 présente un important mémoire sur le mutisme produit par la lésion des
fonctions intellectuelles. Il constate qu’il existe des surdités d’origines
purement psychiques.
L'éducation de Victor
Itard va accueillir “Le sauvage de l’Aveyron”, un enfant trouvé dans les bois où
il parait avoir survécu depuis des années.
Cet enfant représente pour la société de l'époque, "le bon sauvage" de J.J.
Rousseau. On pense que la culture qu'on va lui apporter va arriver sur un
terrain neuf. C'est ainsi un bon sujet d'expérimentation. Pinel l'a déclaré
incurable mais Itard décide de s’en occuper. son allure est bizarre, il se
balance, ne peut pas se fixer, a des manifestations gustatives et odorantes mais
sans raffinement. Il mord et crie. Il entend les bruits mais seulement ceux qui
ont rapport avec ses besoins, il est redoutable quand il a faim, regarde la lune
en geignant.
Itard pense comme Pinel qu'il faut mettre un être malade mentalement dans un
milieu organisé, pour soigner mais surtout que si Victor (nom qu'il lui donnera
par la suite) est sans langage c’est qui n’a pas bénéficié de la société des
hommes. Il va s'en occuper de 1801 à 1806.
Victor va mourir en 1828 chez madame Guérin qui avait assisté Itard dans
l'éducation de son élève. Elle le gardera, même quand Itard déclarera en avoir
terminer avec lui.
Quelques courants de pensée de son époque:
Il existe à cette époque "La société des observateurs de l'homme"qui s'intéresse
à ceux qui observent les enfants pour voir l'ordre dans lequel les facultés
physiques, intellectuelles et morales se développent et aussi observer
l'influence des objets et des personnes sur l'enfant.
Sous l’influence de Condillac, les idées viennent des sens. C'est une référence
qui aura fait découvrir ainsi que les enfants pensent grâce au développement
sensoriel, il n'y a donc plus de dualité entre le corps et l'esprit, car c'est
ce dernier qui donne les informations au corps. De plus avant on pensait que
l’enfant n’était pas intelligent puisqu’il ne parlait pas ("infant": celui qui
ne parle pas) on allait même jusqu’à penser qu’il n’avait pas d’âme. A partir de
là on va s’occuper de son intelligence et on va créer un matériel spécial pour
la stimuler. Donc l'enfance est à l'origine de la pensée. C'est le milieu social
qui amène au langage, si celui-ci fait défaut, la pensée s'arrête à un niveau
rudimentaire.
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Sa méthode éducative
Donc Itard accueille cet enfant trouvé à son domicile. Il l'étudie au jour le
jour avec une méthode très rigoureuse. Il prend des notes au fur et à mesure.
Elles feront l'objet de 2 publications une en 1801 et l'autre en 1806 et surtout
elles témoigneront du pari qu'il a fait d'éduquer cet enfant. Son projet est en
tout premier de l'"humaniser" en lui affinant son système sensoriel. Il veut le
socialiser en lui apprenant à vivre, se vêtir, manger, se tenir comme il faut en
compagnie…Entendons par là à le cultiver, c'est à dire le rendre plus sensible,
aux deux sens du terme. Il va l’amener à pleurer et à avoir des sensations qu’il
n’avait pas au début, sensations qu’il va rendre plus subtiles. Il lui fait
faire des apprentissages sensoriels et veut lui apprendre le sens des mots.
Il se sert de la démarche de l'Abbé de l'Epée qui s'était occupé des enfants
sourds avant lui à l'Institut Saint Jacques à Paris. Il s'agit de suppléer à la
déficience sensorielle. Il s'appuie sur ce qu'il suppose que Victor a connu et
aime. Il essaie aussi de lui rendre la vie douce: il lui laisse regarder le
ciel, organise des sorties à la campagne, au Luxembourg où un bol de lait
l'attend chez des amis et où il est heureux.
Il cherche à éveiller ses sentiments car au début Victor ne pleure pas, il le
fait pleurer en lui faisant peur, lui donne de la joie avec des sensations qu'il
aime bien. L'attente est aussi un de ses outils, il s'en sert pour lui apprendre
à parler. Il espère ainsi que Victor se servira de la parole pour demander quelquechose qu'il aime; mais ce sera en vain!
Avec madame Guérin qui sera en quelque sorte la gouvernante de Victor et à qui
on a alloué une pension pour prendre soin de lui, il inculque donc des
habitudes, on le nourrit selon ses goûts, on respecte son propre rythme de
sommeil et de repas.
Au début Victor reste apathique mais peu à peu va s'apprivoiser, il va aimer les
compliments, ressentir l'injustice et ainsi devenir de plus en plus social.
Il devient propre, demande une cuillère pour se servir, il est heureux d'aller
dîner en ville.
Itard va lui élargir son cercle d'idées en lui donnant des besoins nouveaux,
multipliant les points de contact avec l'entourage.
Le développement intellectuel va se faire par un apprentissage sensoriel très
organisé, systématisé...
Pour cela Itard va apprendre à Victor à reconnaître, dissocier, discriminer,
montrer qu'il a reconnu, classer les semblables et les différents, à utiliser
le: "c'est comme"…à faire une démarche d'abstraction par la représentation de la
chose et sa reconnaissance. Pour cela il va créer tout un matériel pédagogique
qui servira de référence à d'autres pédagogues en particulier M. Montessori.
Il va alterner leçons et moments de vie quotidienne où Victor devra insérer ce
qu'il a appris. Quelquefois il laisse enfin des moments de détente car Victor
réagit à l'intensité des leçons par des crises.
Pour le toucher; alors qu'avant Victor prenait des châtaignes du feu sans se
brûler il lui fait découvrir les notions de chaud et froid, en lui donnant des
bains chauds. Ainsi lui fait attraper un rhume. Ce qui est une preuve de sa
sensibilité nouvelle.
Il lui enseigne les formes, par exemple, il met des fruits dans un vase opaque
et Victor doit les reconnaître. Plus tard il fera la même chose avec des lettre
mobiles.
Ne va pas travailler avec lui le goût et l'odorat car il pense qu’ils sont assez
développés.
Des associations sont faites entre les objets et leur nom. Il dessine la figure
d'une clef ou autre objet et Victor doit placer dessus l'objet correspondant.
Il arrive à certains concepts comme "grand et petit"...
Il doit associer deux images pareilles, ensuite deux images de même valeur
(équivalentes) sur le plan de la couleur par exemple. Plus tard il saisit le
lien entre les objets et leur nom
C'est ainsi que peu à peu il s'achemine vers les apprentissages scolaires. Pour
les lettres Itard fabrique 24 cases avec une lettre au fond et un alphabet
mobile en métal et Victor doit remettre les lettres au bon endroit. Il lui
enseigne la forme écrite du langage, d'après la méthode de l'abbé Sicard qui lui
aussi s'était occupé des sourds. Il commence par apprendre la liaison des objets
avec des dessins représentatifs. Victor apprend à lire "lait" et surtout à
l'écrire. Pour l'écriture, Itard se sert de l'association des lettres. Il se
servira de ces dernière avec opportunité en particulier chez les amis d'Itard où
de lui même il écrit le nom.
Sur le plan auditif et du langage peu à peu Victor se montre sensible à la voix
humaine, il parle en exclamations, il apprend à différencier les bruits. (voir
le texte à la fin de cette page). Mais il ne parlera pas! au moins comme Itard
le voudrait. Ce dernier le ressentira comme un échec. Alors qu'avec du recul on
peut penser que les progrès de Victor sont très importants.
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Commentaires
Le travail d'Itard est impressionnant et fondateur. En effet il va inspirer la
pratique de la démarche sensorielle dans l'apprentissage. Mais il en fait trop
auprès de Victor. C'est une sur stimulation comme on risque d'en trouver encore
actuellement. Il s'est servi surtout des sens récepteurs et parait considérer
l'enfant comme "un vase qu'on emplit". Itard pensait que plus l'enfant avait de
l'expérience, que plus les triages étaient raffinés et de plus en plus nuancés,
plus le cerveau s'enrichit.
Mais...il provoque chez Victor des crises
d'épilepsie, des fou rire, de la révolte. Car ce n’est pas ainsi que l’on crée
des idées. Il faut penser à l'agencement des acquisitions et surtout à la
motivation, qui aide à faire les associations. Il est vrai que dans ses mémoires
il évoque la richesse de situations de plaisir où Victor investi, où entrent en
relation une multiplicité de données, mais il ne les prend pas en considération
pour en évaluer la valeur éducative.
Ses deux mémoires sont très riches, mais pris par son objectif qui était de
démontrer l'efficacité de sa méthode, il parait oublier que Victor à aussi à
vivre...
Dans toutes ses observations, Itard fait de nombreuses constatations sur
l'efficacité de l'éducation de Mme Guérin. Mais il n'y donne pas l'importance
qu'il donne à ses propres leçons, plus didactiques, organisées dans le temps,
logiques ou dirait-on "scientifiques". Ses deux mémoires écrits pour argumenter
la justification de son éducation pour Victor n'auraient peut-être pas eu la
même valeur si Itard avait insisté sur l'impact de Mme Guérin ? Mme Guérin ne
serait-elle pas plus efficace que toutes les leçons de Jean Itard ? Il est vrai
que si l'on parcours les deux mémoires d'Itard en envisageant cette approche
comme valable, on peut élaborer un programme intéressant, sans oublier les
moments où Itard lui-même "se laisse aller" à des attitudes affectueuses vis à
vis de son protégé.
Voici ce qu'il dit au sujet de l'apprentissage de la parole et en particulier du
mot "lait", mot que Victor ne prononcera jamais: "Le mot lait a été pour Victor
la racine de deux autres monosyllabes la et li ; auxquels certainement il
attache encore moins de sens. Il a depuis peu modifié le dernier en y ajoutant
une seconde I, et les prononçant toutes les deux comme le gli de la langue
italienne. On l'entend fréquemment répéter Ili, Ili, avec une inflexion de voix
qui n'est pas sans douceur. Il est étonnant que I mouillée, qui est pour les
enfans une syllabe des plus difficiles à prononcer, soit une des premières qu'il
ait articulées. Je ne serais pas éloigné de croire qu'il y a dans ce pénible
travail de la langue une sorte d'intention en faveur du nom de Julie: jeune
demoiselle de onze à douze ans, qui vient passer les dimanches chez Madame
Guérin, sa mère. Il est certain que ce jour-là les exclamations Ili, Ili,
deviennent plus fréquentes, et se font même, au rapport de sa gouvernante,
entendre pendant la nuit, dans les momens où l'on a lieu de croire qu'il dort
profondément. On ne peut déterminer au juste la cause et la valeur de ce dernier
fait. Il faut attendre que la puberté plus avancée nous ait fourni, pour le
classer et pour en rendre compte, un plus grand nombre d'observations. La
dernière acquisition de l'organe de la voix est un peu plus considérable, et
composée de deux syllabes qui en valent bien trois, par la manière dont il
prononce la dernière. C'est l'exclamation oh Dieu! qu'il a apprise de Madame
Guérin, et qu'il laisse fréquemment échapper dans ses grandes joies. Il la
prononce en supprimant l'u de Dieu, et en appuyant sur l'i comme s'il était
double; de manière qu'on l'entend crier distinctement: oh Diie ! oh Diie ! L'o
que l'on trouve dans cette dernière combinaison de son n'était pas nouveau pour
lui, et j'étais parvenu quelque tems auparavant à le lui faire prononcer."
(voir la bibliographie: L. Malson ou Th. Gineste)
C'est ainsi que Victor a parlé mais...ce n'était pas ce qu'en attendait son
maître. Cette situation est plein d'enseignement!!!
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