Avant de présenter les salles d’asile où en est la garderie de la petite enfance
à la fin du 18ème siècle?
Dans le monde rural la garde est familiale.
Dans le monde urbain, quand la mère ne peut garder l’enfant il peut rester avec
des voisins ou avec des enfants plus âgés que lui. Mais de plus en plus il va
être placé. Ce sont des enfants de commerçants où la femme tient boutique et des
enfants d'ouvriers artisans.
Dans le milieu aisé la femme confie son enfant à une nourrice ou des « gardeuses
» . Quelque fois elle l'allaite si elle s'est laissée influencée par le courant
de cette époque, lancé par J. J. Rousseau. Suivant le milieu l'enfant est confié
une nourrice plus ou moins proche.
Pour la femme de la campagne qui vient d'accoucher c'est un moyen de gagner de
l'argent. Il y a les bureaux de placement avec les "recomandaresses". Pour les
contrôler, les municipalités ouvrent des bureaux de nourrices.
Les maisons de sevrage sont pour les enfants revenus de nourrice. Au XIXe siècle
elles vont être peu à peu visitées par les dames charitables et les médecins.
Les descriptions sur le plan de l’hygiène sont catastrophiques. Pour calmer les
enfants ont leur donnait du sirop de pavot.
La garderie des enfants se faisait par des personnes privées, à profit
personnel. La situation était dans un état déplorable; On y gardait beaucoup
d’enfants pour peu de surface, il y avait 30 enfants dans une petite pièce par
exemple. Une société de Charité maternelle sous les hospices de la reine Marie
Antoinette, va chercher à surveiller les modes de garde et se charger de
protéger la mère. Mais c'est un institut de bienfaisance dont les possibilités
sont limitées.
Il existe aussi la garde hospitalière à l'hospice pour les enfants abandonnés.
Ils sont confiés à des nourrices ou à des soeurs de charité.
L'école est pour les enfants de 5 ans. A la campagne ils sont gardés par la
bonne du curé, où une jeune fille pieuse occupe petits et grands à qui elle
apprend à coudre. Il y a aussi les filles de Charité (Saint Vincent de Paul). En
fait l'age d'entrée à l'école est variable.
Il y a un contre-courant par la sacralisation de la mère qui va devenir plus
tard le modèle à imiter pour les éducatrices. Ceci va être prôner par les
révolutionnaires comme Talleyrand et aussi par les religieux. C'est à la mère à
s'occuper de son petit enfant. L'enfant est pris en main par l'état après 7 ans.
Parallèlement une nouvelle vision de l'enfant va naître, il va devenir une
future force de production qu'il faut protéger et gérer.
(Institutions d’accueil de la petite enfance, en France entre 1826 et 1881, date
à laquelle elles ont changé de nom pour devenir les écoles maternelles.) Leur conception et leur organisation vont être influencées par :
Des pédagogues: -Le pasteur F. Oberlin créateur des « écoles à tricoter »au village du Ban de la
Roche dans les Vosges,
-F. Frobel, fondateur des jardins d’enfants en Allemagne (introduit en France par
la baronne de Marenholtz),
-Marie Pape Carpantier inspectrice des salles d’asile.
Des hommes ou femmes politiques: Salvandy, Ministre de l'Instruction Publique, Eugène Rendu, président de la
commission supérieure des Salles d'asile, J. D. Cochin maire du 11°arrondissement
de Paris,
les dames charitables: Mmes Mallet, Millet, de Pastoret, marie pape Carpantier,
inspectrice.
Des Institutions: -les "Infants school" créés en Angleterre par Owen, influencées par
l'enseignement Mutuel et introduites en France par Mme Millet et J. D. Cochin.
Membre du Conseil général des hospices et de la Société pour l'instruction
élémentaire. Il fait partie de ceux qui à cette époque ont le soucis d’être
utiles à la société. Il s’agit d’améliorer le sort des classes populaires par
l’assistance, le travail et l’éducation. On retrouvera ces constantes chez les
personnages que nous allons présenter.
Il se rend à Londres en 1824 pour étudier l'infant's school de Chelsea. A son
retour il écrit au Conseil Général des Hospices pour proposer la création des
salles d'asile. Une réponse positive ne viendra plus tard qu’avec J. D. Cochin.
Né en 1771, fils d'un commis, il épouse la fille d'un industriel écossais. Il
désire transformer les habitudes ouvrières en modifiant le milieu. L'abandon de
l'enfance et l'ignorance du peuple causent des misères. Il décide de s'occuper
des enfants des prolétaires pour qu'ils deviennent de bons ouvriers. Il veut
essayer sur les enfants une méthode à la fois dépourvue d'encouragements et de
reproches. Il créé les infants school en 1817. Fait des expériences concluantes
à New Lanark.
La classe des petits enfants est confiée à Bucchanan , ouvrier tisserand, en
1834. Elle est couverte d'images, garnie d'objets naturels, on y converse avec
les enfants et surtout on y fait des exercices de gymnastique, teintés de la
discipline militaire, des rondes, des chants, des danses.
Plus tard cette expérience va s'étendre à Londres, on va y employer la méthode
mutuelle inventée par Bell et Lancaster pour faire l'enseignement le plus
économique possible par l'intermédiaire des élèves responsables. On retrouvera
les traces de cet enseignement dans les salles d'asile.
C'est un système très rentable, oû les élèves qui en savent plus que d'autres
sont chargés d'enseigner les autres.
Quelle en est l’organisation ?
On divise les enfants en autant de degrés
d'avancement suivant la discipline ; à la tête de chaque classe se trouve un
enfant qui en sait plus que les autres et qui s'appelle le "moniteur", lui-même
peut être sous l'autorité d'un autre moniteur dans une autre discipline. Il y a
8 sections graduées, de l'apprentissage de la lecture à la lecture courante.
Chaque classe sera subdivisée en 2 ou 3 subdivisions oû 32 ou 48 moniteurs
feront la classe chacun à 2 ou 3 enfants. Cela permet d'avoir 100 à 200 élèves
dans une classe sous la direction de la même direction. Il y a aussi les
"moniteurs généraux" qui sont sous la responsabilité du maître. Le moniteur
général commande les « évolutions » nécessaires pour la transition d'un exercice
à l'autre. Tout ceci étant planifié par l'instituteur.
Toute une architecture aide à la gestion de l'organisation. Les enfants sont
disposés sur des gradins. Un moniteur est au début de chaque file et commande
ainsi ses camarades. Tout un matériel : des tableaux, des baguettes « la touche
»), des petites balustrades autour desquelles les enfants répètent devant un
tableau ce que le moniteur leur montre sert à structurer les déplacements et
faire l’enseignement.
Entre 1815 et 1870 on verra une importation du Système Mutuel, d'Angleterre en
France, en particulier pour l’école primaire, mais aussi les salles d’asile.
Mais on doit arrêter pour différentes raisons: pédagogiques et politiques. Le
fait de donner des responsabilités aux élèves n'est pas toujours accepté. De
plus c'est trop basé sur le réflexe et trop mécanique. On le verra plus tard
avec les salles d’asile.
Né en 1789 le 14 juillet, il est issu d’une vieille famille parisienne.
Son père est maire du 12° arrondissement.
Sa famille est ruinée par la révolution et par l'hôpital créé par son oncle.
Fait des études de droit. Il perd sa femme quand ses enfants sont petits.
Frappé par la misère des enfants de Paris en particulier ceux du 11ème
arrondissement où il y a 1 indigent sur 3.
- Il est membre du Conseil des Hospices et des Prisons. Est aussi au Comité
central de l'Instruction populaire, à la société pour l'Instruction élémentaire,
à l'Hospice des 15-20.
-Il désire ouvrir une école d'éducation primaire. La municipalité refuse. En 1826: rue de Gobelins il assemble quelques petits enfants de 2 à 6 ans, Il
ouvre la première salle d'asile dans deux chambres. Elle est “née d’une pensée
de charité religieuse, après appréciation de notre état social” écrit-il. Il y
dirige lui-même les enfants et imagine une méthode. Il enseigne à ceux qui
veulent être maîtres.
Il ouvre une autre salle où 100 enfants viennent s'inscrire.
En 1827: une autre salle d’asile est inaugurée rue de Martyres avec Mme Millet.
Il a envoyé cette dernière en Angleterre pour étudier les « Infants school. »
Malgré qu’elle ne sache pas parler l’anglais, elle les visite pendant deux mois
et rapporte une étude complète qu’elle essaie d’adapter à l’esprit national
français. Parait-il que« cent enfants seront disciplinés en 8 jours... »
Par la suite en 1828 J. D. Cochin fait construire en 3 mois avec son argent, une
maison pour 1000 enfants avec 4 logements de maîtres, où se trouvent une salle
d’asile et une école primaire où les enfants de tous les ages viennent ainsi
qu’une école normale, dont Mme Millet prend la direction. En 1829 la
municipalité en fait l’acquisition.
En 1831 c’est la création de la première salle d’asile modèle pour 1000 enfants.
Avec le Conseil des Hospices, du Gouvernement et de la Charité publique,
adoption de l’oeuvre des salles d’asile comme Utilité publique
24 salles seront créées en deux ans.
Il va publier en 1833 le "Manuel des salles d'asile"dont l’impact sera très
important et longtemps, couronné en 1834 par l’Académie française. Il y donne
des conseils “Pour suppléer aux soins, aux impressions, aux enseignements que
chaque enfant devrait recevoir de la présence de l’exemple et des paroles de sa
mère”. Il y a de nombreux conseils d'organisation dont la forme est porteuse de
la rigidité dont on va l'accuser. voir les
pages suivantes sur
l'organisation des classes.
Il publie aussi : “De la charité à l’instruction.”
Est à la chambre des Députés de 1836 à sa mort.
Ses objectifs sont dans le" Manuel des salles d'asile"où il écrit: « …doivent
avoir de l'influence sur la moralité des populations, l'aisance des familles par
la garde des enfants dont les parents travaillent. » Il s’agit surtout de
libérer les pères et mères pour qu'ils puissent travailler sans dépendre de la
charité publique, de les rendre disponibles afin de cherchent du travail. "On
avait créé le Bureau de bienfaisance sous le Conseil Général des Hospices pour
porter secours à domicile et distribuer avec discernement, mais c'est
inefficace. Par la salle d'asile on rend l'ouvrier plus serein."
Il faut les préserver les enfants des dangers moraux et physiques de la rue.
Son fils Jacques Denys Cochin lui succède à la mairie du XII° arrondissement en
1825, ainsi qu’à la députation et à la pairie en 1841. Il délaisse la cour de
cassation pour l’administration des hospices, l’assainissement de la Bièvre, la
loi sur les aliénés en 1838, celle concernant le travail des enfants dans les
manufactures. Participe au Comité Central de l’Instruction Primaire.
Réédite le manuel des salles d’asile, 4° édition en 1853 (336p.) afin de faire
la… “Mise en harmonie avec la législation actuelle, c’est à dire les loi de
1833, l’ordonnance de 1837 et la loi mars 1850
Madame de Pastoret
Née en 1766, morte en 1843.
Dès 1801 elle ouvre un premier établissement, une salle, pour recueillir 12
bébés de parents pauvres, mais elle doit fermer.
En 1826 elle fonde un "Comité des dames", dont Mme Mallet sera trésorière.
Elle ouvre un établissement qui accueille 80 enfants.
Madame Mallet
Elle est née en 1794, fille d'Oberkampf, l'industriel qui a crée les toiles de
Jouy, protestante comme son père et son mari, elle crée un hôpital, un hospice,
et un orphelinat.
Elle ouvre en 1815 la première salle d'asile. En 1826 désirer imiter les "infants school ".
(voir Owen )
En 1827 ouvre une salle d'asile avec 80 enfants de 18 mois à 6 ans. Elle
constitue aussi un "Comité des dames".
En 1853 elle ouvre une souscription pour la création d'une école normale pour
les salles d'asiles. Elle écrit régulièrement dans "L'ami de l'enfance" revue
créée pour les salles d’asile en 1835.
Fait un recueil de chants.
Madame Millet:
Elle est la mère du peintre. Connaît J. D. Cochin et va en Angleterre après
l’avoir rencontré.
En 1827 elle ouvre une salle d'asile avec 100 enfants. Elle prend la direction
de l'école Normale créée par Cochin. En 1830 reçoit le titre d’Inspectrice des
salles d'asile, en 1837 elle est déléguée générale des salles d'asile de la
Seine.
Dans un article sur : « l’ origine des salles d’asile » dans la revue « l’ami de
l’enfance » voici ce qu’elle dit: « Gardé avec soins, surveillé, instruit,
heureux, l’enfant apprend à connaître ses devoirs, contracte des habitudes pures
et paisibles. A l’abri des dangers, de l’isolement et de funestes exemples. Se
prépare à lutter contre les vagues tumultueuses de la vie. » !
Marie Pape Carpantier
Elle est née à La Flèche (Sarthe) en 1815.
Fait de la poésie.
En 1835 elle dirige, à La flèche et au Mans, une salle d'asile, elle les connaît bien, puisqu'elle y a
été elle même quand elle était enfant, mais n’en n’a pas de bons souvenirs. Elle
est contre la méthode: “La méthode c’est la lettre morte. Il faut que
l’institutrice lui apporte la couleur, le mouvement, l’à propos, la vie.” En
fait le manuel de J. D. Cochin qui était une référence, était appliqué avec
beaucoup de rigidité.
film: "la volière aux enfants" avec Marilou
En 1845 elle publie: "Conseils sur la direction des salles d'asile". On y
constate son amour des enfants. Son ton est emprunt de sincérité et d'honnêteté,
de délicatesse. Elle y exprime longuement
que l'éducateur doit faire sa propre éducation car sa personnalité a un impact.
Il doit observer l'enfant et employer une méthode. Elle y
exprime aussi son désir de faire l'éducation des enfants pauvres. "Ces petites
écoles n'exigent pas de matériel de classe, quelques gradins ou bancs, tableaux
de lecture bouliers conteurs, tableau noir images, quelques ustensiles de ménage
».Elle présenta l'organisation d'une journée avec les allées et venues et les
leçons. amorce un peu de psychologie, parle du rythme et de la mémoire. Elle y
parle entre autre des "sauvages d'Amérique" qui ne désirent que ce qu'ils savent
pouvoir obtenir...
Cet ouvrage fut couronné par l'académie
française.
En 1848 est directrice de l'École Normale créée par Mme Mallet et Salvandy,
ministre de l’Instruction publique d’alors. Il y a 1500 élèves (dont certaines
viennent de Suède et de Bohème) . La durée de la scolarité est de trois mois.
Publie aussi:
- "L'enseignement pratique dans les écoles maternelles" (ed Hachette;
1848) qui sera le premier
échelon de l'école primaire
-"Histoire et leçons de choses": « le grand maître en éducation est
l'expérience, l'observation, la connaissance de l'enfant, de ses goûts et de ses
instincts. Le critérium d'un enseignant c'est l'intérêt qu'y prennent ceux
auxquels il s'adresse » y écrit-elle ! Pour elle la salle d'asile fait
l'éducation première, elle a pour objectif l'épanouissement, le développement de
tous les sens.
-« Le secret des grains de sable", en 1863 sur l’éveil de la dignité morale.
Elle devient par la suite Inspectrice générale. Elle s'occupe aussi
d'enseignement pour les plus grands.
Très croyante et en même temps très ouverte, elle sera accusée d'être "libre
penseuse". Elle va participer à l'exposition universelle et mourir peu après.
C'est une réelle pédagogue, s'intéresse à la méthode
Fröbel, mais elle a peur
que cette méthode même soit mécanique et que cela fasse des " petits galériens";
elle donne de l'importance aux sens, à la nature. Pour elle, l'enseignement
donné dans les salles d'asiles doit être essentiellement pratique. Elle est
apparemment la première à vouloir faire autre chose que l’enseignement des salles
d’asiles qui est fait en référence aux premiers fondateurs.