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La liberté et l'éducation 1

 

"quand la vérité n'est pas libre, la liberté n'est pas vraie"

J. Prévert

Liberté et éducation 2

 

 La liberté dans l’éducation ou l’éducation à la liberté?

Qu'est ce que la liberté?

La possibilité d'évoquer un ailleurs

 Les limites

L'intériorité

 L'acte libre

 

Bibliographie

 

- Berge A.; "La liberté dans l'éducation"; scarabée; CEMEA 1961

- Reboul O.; "Philosophie de l'éducation"; collection "Que sais-je" n°2441; PUF; 1989

-Reboul O.; "Les valeurs de l’éducation"; PUF; 1992

- Lacroix Jean "le sens du dialogue";

- La Garanderie A.; "La motivation"; Centurion; Paris; 1991

- La Garanderie A.; "Comprendre et réfléchir" ; Centurion; Paris

- Rousseau Jean-Jacques "l’Emile"; Flammarion;

- Montessori M."L’enfant" et autres publications

-Merleau-Ponty; "Phénoménologie de la perception"; Gallimard; 1945

-La Fontaine J. de la ; "Fables"; Le loup et le chien

 

alapage.com   

 

 

En plus de références à certaines lectures dont les auteurs sont cités, ce cours a été construit avec des étudiants.

 

Avis au lecteur...

Cette présentation-ci n'aborde pas toutes les dimensions de la liberté, il n'est pas question non plus de nier leurs contradictions possibles. Je vous propose de lire ce texte avec nuances. Relativiser certaines idées est indispensable car sans ces démarches il n'y a pas de liberté...

 

"La liberté dans l’éducation ou l’éducation à la liberté"?

 

Il n'y a pas d’éducation sans réflexion philosophique. Pas forcement celle qui fait référence aux auteurs ou philosophes, mais celle qui remet en cause sa propre démarche et qui est faite de questionnement. On ne peut avoir l’audace de s’occuper d’éducation sans avoir fait une tentative d’éclaircissement de certains sujets parce qu’ils représentent ce qu’il y a d’essentiel dans la vie .

Par rapport à cela, la notion de liberté nous concerne, elle marque nos attitudes, nos choix pédagogiques, nos tolérances...

Que faisons nous entre nos idées sur le sujet et la réalité à laquelle nous sommes confrontés?

 

La liberté est-elle un moyen ou un but à atteindre?

Quelle est sa place dans nos attitudes éducatives?

 

On peut dire aussi que nous éduquons à la liberté tout simplement parce qu’elle nous touche et la conception que nous en avons marque nos attitudes, nos choix, nos tolérances...

Si l'un des buts de l'éducation est d'apprendre à être libre, on ne peut s'en passer dans l'acte éducatif même, c'est à dire, la pédagogie. Le thème de la liberté est un sujet cher aux penseurs de l'éducation que ce soit les philosophes ou les pédagogues.

Dans la "Déclaration des droits de l'homme" c'est un droit, elle est essentiellement individuelle et doit être respectée.

Mais avant tout il apparaît nécessaire de s'entendre sur le sens du sujet même:

 

Qu'est ce que la liberté?

 

Elle est difficile à cerner, un peu comme la vérité pour laquelle Platon disait que c'était un "vagabondage divin". C'est à dire quelque chose que l'on n'atteint jamais complètement.

Existe t-elle en tant que telle?

 Elle se décide, là l'homme se sépare de l’immuable!

On veut la saisir...mais la liberté n’est pas un objet.

Ce n’est pas un produit donné qui est là à notre disposition.

On "a" pas la liberté, elle ne se possède pas, on "est" libre,

Elle se vit, se construit, se conquiert

Elle se dévoile peu à peu à l’homme.

Elle n’existe pas isolée de la structure totale de la personne, elle est intrinsèque, elle n’existe pas abstraitement hors de celui qui se sent libre ou pas. Alors qu’elle fait partie de l’être global et se vit, elle ne se voit pas. Elle est dans l’énigme des forces naturelles, réservée à l’initiative irremplaçable de la personne. La personne se fait libre. Elle choisit de l’être.

Ce n’est pas non plus une nécessité absolue, je peux la refuser, c’est justement parce que je peux la refuser qu’elle garde sa qualité.

Elle transfigure les données, l’homme est libre intérieurement quand il l’a décidé. C’est une démarche de l’esprit. Comme le jeu, qui n’existe que parce qu’on a désiré qu’il soit.

 

Définition

On en parle beaucoup, savons nous ce que c'est???

Est ce faire tout ce que l'on veut?

C’est notre grande angoisse, que celle de la perdre!

Il y a 16 définitions dans le Larousse

Nous en avons choisi une:

 

"La liberté est le pouvoir réel qu’a chacun d’accepter ou de refuser les sollicitations du dehors

et aussi celles qui viennent de lui même,

donc de répondre de ses actes"

 

-Se définit aussi par la négative comme l’absence de contraintes et aussi comme l’état de celui qui fait ce qu’il veut.

On a envie de dire: mais où est-elle?

 

Nous partirons de ce que nous avons noté au cours de nos différents cours sur le sujet et où nous demandions aux participants d'exprimer des situations où ils sentent libres.

 

Nous nous attarderons à l'évocation de l'image d'une promenade au bord de la mer,

où l'espace donne l'impression d'être illimité,

où aucune contrainte ne pèse,

avec la possibilité de faire ce que l'on veut,

comme comme veut et

quand on veut

où l'on est seul, loin de tous.

Nous en extrairons quatre thèmes qui sont:

- La possibilité d'évoquer un ailleurs,

- Les limites,

- L'intériorité,

- Le choix et l'activité libre,

 

La possibilité d'évoquer un ailleurs!

"Et si..."

On peut extraire un élément essentiel de la liberté, qui est celui de pouvoir évoquer un autre lieu, un autre temps que celui vécu dans le présent...une sorte de demande d'impossible au-delà de la réalité à laquelle on est confronté, qui commence par: " et si"... et qui en l’occurrence est à la base de la création.

C'est une des fonctions du jeu d'ailleurs que de proposer des situations hors de la réalité avec lesquelles on peut jouer sans danger et qui va aider à dominer les difficultés de la réalité.

En effet la possibilité de pouvoir envisager un "autre part" se réalise dans le jeu grâce au "on pourrait" phrase magique de l'ouverture vers le "hors ordinaire". Cet espace temps particulier qui permet de s'approprier et de dominer des situations vécues par ailleurs. Etre un autre personnage, découvrir une autre façon d'être sans danger est un acte indispensable, que ce soit par l'intermédiaire du jeu symbolique ou du théâtre ou autre possibilité de rêverie...

Le sport, dans la mesure où il est gratuit, permet à celui qui le pratique, d'aller au delà de ses limites, de dépasser ses compétences, et même celles d'une autre équipe, ceci tout en utilisant une règle.

Pareil pour le créateur qui se sert d'une technique pour agir dans une sphère là aussi hors de l'ordinaire.

Certains font ces démarches d’eux-mêmes, d'autres ont besoin d'y être introduits.

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Les limites

 

Mais pour cela il est nécessaire que les notions de limites  aient été amorcée.

Ce "et si" évoqué plus haut, ne peut exister qu'à partir d'une situation précise, si cette promenade au bord de la mer donne une impression de liberté c'est surtout parce qu'il y a en référence une situation où il y a des obligations.

Il n'y a effectivement pas de liberté sans limites. Elle même a des limites et existe dans ces limites. La liberté absolue est un mythe.

Si elle surgit avec nous ce n’est pas une réinvention de nous mêmes sans références extérieures. Elle a des racines. Elle est donc liée à une situation concrète et a besoin d’être reliée à d’autres réalités:(Merleau-Ponty)

Etre libre c’est accepter une condition pour y prendre appui. Les limites sont une force. Reconnaître que tout n'est pas possible n’est pas forcément de la soumission, c'est le début de liberté.

Par ailleurs on ne peut considérer n'importe quelle situation en dehors d'autres réalités, au contraire, une des démarche de liberté consiste à prendre en considération les autres données possibles.

La notion de limites sans laquelle on ne peut connaître, grandir, créer apprend à assumer un élément important par rapport à notre sujet: la réalité..

Liée à une situation concrète, cela sous entend l'acceptation des conditions qui la composent pour y prendre appui. La"Conscience de la nécessité" est cité par Marx qui fut précédé par J. J. Rousseau qui en parle dans "l'Emile ou de l'éducation" où le parfait ne serait plus alors que dans le possible.. "être libre ce n'est pas désirer plus que ce que je peux obtenir". Ceci ne contredit pas ce dont nous avons parlé plus haut sur la nécessité d'un "ailleurs possible"qui est indispensable dans toute situation.

Pour en revenir à la confrontation avec la réalité, nous rappellerons ici la loi de la prise de conscience (voir Claparède) où cette dernière naît lorsque l'adaptation de l'individu ne se fait pas automatiquement, un effort à ce moment est demandé, surtout une attention, une mentalisation, qui va permettre le réajustement de l'action et où à ce moment le sujet va devenir acteur et non l'objet d'une situation qu'il ne domine pas.

Non seulement on ne naît pas dans un monde isolé, où il y a les données du moment, mais aussi le monde actuel est déjà le fruit de toute une histoire.

Connaître cette dernière, s'en servir pour relativiser le sens des situations est aussi indispensable. Les régimes totalitaires n'ont-ils pas tendance à supprimer ou modifier l'histoire?

Aider l'enfant à connaître son histoire et à construire son identité.

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Mais il manquerait une dimension essentielle à préservation de la liberté si nous ne parlions pas des limites intérieures de chacun et qui se construisent à partir du moment où le tout petit enfant dit "non", terme qu'il est nécessaire de savoir dire de temps en temps de façon opportune tout au long de la vie:

 

L'intériorité

voir les ouvrages d'A de La Garanderie

Si l'on reprend l'image de la promenade au bord de la mer, loin de tout, cette recherche de solitude ou d'isolement peut être interprétée comme étant celui de retrouver un espace de pensée, de retour sur soi, d'intériorité. La demande de se retrouver seul habitée par une certaine curiosité vis à vis de soi-même est un attitude constructive de ressourcement ou d'assimilation des connaissances.

Ne pas avoir peur de la solitude, n'est ce pas un signe de liberté? Avoir continuellement besoin d'être en compagnie peut en l'occurrence peser sur les autres, avec l' incapacité de s'assumer.

Ne pas toujours être dans le faire, savoir s'arrêter, savoir se concentrer.

L'enfant qui s'isole en suçant son pouce après une activité qui lui a demandé beaucoup de concentration n'a t-il pas une attitude pleine de sagesse? c'est une condition de la liberté intérieure qui relève de la domination et surtout de l'amour de soi même.

Laisser un enfant rêver, traîner, recommencer une activité plusieurs fois, prendre son temps pour la mener jusqu'au bout, alors que tout le monde a déjà fini, donne l'occasion à l'enfant de découvrir, habiter, et pourquoi pas aimer ce qu'il va appeler:"moi-même".                                                                                                                                                                 Raphael Sanzio

 

"Me reconnaissant toujours pour la cause principale de tous mes malheurs qui me sont arrivés,

je me suis vu avec plaisir en état d'être l'écolier de moi-même,

et en devoir d'aimer mon précepteur"

disait un auteur du XVIII° siècle: G. Casanova

 

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Le libre choix et l'action libre.

 

Si l'expression qui consiste à dire:

"je veux faire ce que je veux, quand je veux, avec qui je veux, où je veux"

peut se définir comme un désir d'absence de contraintes.

Si cette phrase n'est pas vraiment réaliste, celui qui la dit se berne t-il tant que cela? en règle générale il sait que c'est impossible. Cela peut se comprendre aussi comme étant un désir de prendre ses décisions par soi même qui peut-être une demande indirecte d'apprentissage au choix.

Liberté et pouvoir de choix qui met en oeuvre les ressources profondes de la personnalité, ne vont-ils pas ensemble?

Le langage de l'action libre est liée à" projet"," motif", "décision"," raison d’agir"," responsable".

Apprendre à choisir c'est aussi apprendre à faire des projets et prendre une décision à la suite d'une évaluation. Cela sous entend de savoir analyser une situation, ce qui oblige à faire certains apprentissages comme de savoir observer, juger, connaître les valeurs auxquelles on se réfère. On retrouve là l'importance de la connaissance et surtout du discernement qui est une condition essentielle de la liberté.

Tout s’équilibre: projet et motif, décision et raisonnement pratique.

Dans un discours sur l'action il y a des projets parce qu'il y a des motifs, il y a des décisions parce qu'il y a des calculs. On décide quelque chose "parce que." Connaître le sens, le pour quoi, la raison, est important. Le principal est la raison et non la cause, disons plutôt, le sens. Cette signification est susceptible d'être communiquée à autrui, elle est rattachée à un ordre de choses psychologiques, morales, sociales, culturelles... Ce n'est pas l'arbitraire qui décide puisque le désir n'est plus une simple impression, il est mis à distance et peut servir de moteur. Cette démarche permet de se situer au coeur d'un ensemble où on va être le maître.

Le choix fait, c'est dans l'articulation des fins et des moyens que l'oeuvre libre se construit.

Le désir n’est plus une simple impression il est mis à distance en position de fin par rapport aux moyens à employer.

Agir est différent de percevoir, connaître, comprendre, décrire. C'est différent du mouvement observé dans la nature.

Pour ce qui est du choix et l'activité libre, comme nous l'avons vu plus haut, choisir demande de savoir faire l'inventaire de ses ressources, de ses différences et de ses particularités. Une sorte d'analyse de ses richesses, ensuite on se met en projet, mais pour cela il faut savoir anticiper à partir de ses expériences et c'est peut-être qu'à partir de cette démarche que l'on ose risquer, apprendre à voir, à imaginer le cheminement, à prévoir.

 

Si j'invente, quelle est la part de mon passé, de ma culture, que je vais avoir à prendre en considération?

"Se décider": auto implication de l’agent de l’action est un trait fondamental de l’action humaine.

C'est aussi une condition de la responsabilité, cette liberté de se prendre en charge et de répondre de soi.

"Si cela arrive c’est qu’on l’a voulu".

Il y a différence entre constatation et action.

Faire, c'est organiser, être efficace, agir sur l’extérieur et faire oeuvre de soi même en même temps.

 Mais pour que cette dernière soit réellement possible il faut pouvoir intervenir à échelle humaine, ne pas

 être loin de ce qui nous touche. (voir la loi de la proximité de J. Pestalozzi)

Actuellement l'action est bien souvent à distance dans le temps et l'espace, ou alors on est dans l'immédiat , dans le magique. Nous sommes dépassés par nos nouveaux moyens techniques qui donnent une illusion de pouvoir. L’univers est de nouveau un abîme.

Ce n'est pas comme l'artisan qui fait son oeuvre d'un bout à l'autre et est maître de la succession des différentes étapes, là sa responsabilité est directement engagée.

Si la liberté est savoir affronter la réalité, celle-ci doit être constituée de façon à permettre à l'homme d'être un agent responsable en fonction de ses moyens.

Attention à l'obligation de choisir!!!, on peut être dégoûté de choisir quand on a pas les moyens!.

Mais on peut avoir une illusion de pouvoir et être l'objet de ses pulsions.

A ce sujet il est important d'être à jour sur la signification de: désir, intérêt, motif...

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Liberté et éducation 2