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Salles
d'asile
Sur la méthode
"Elle crée
l’ordre
au sein du mouvement. Pour une multitude d’enfants il
faut avoir prévu tous leurs besoins, se lever quand ils le veulent, chanter
quand ils veulent, parler..., Il faut trouver un équilibre entre besoin et
habitude ".
Cela relève de la ruse pour que l’enfant ne s’ennuie pas et pour
qu’il reste tranquille, ainsi on le dirige et le domine facilement !
On suppose que tous les enfants sont pareils. C’est la multitude
d’enfants qui est le repère. On se sert de "la sympathie du nombre" pour
faire obéir par une voix douce. Ainsi les enfants se conforment à cette
exacte discipline.
C’est basé sur une sorte d’échange entre les satisfactions de l’enfant et
son
obéissance,
c’est comme un troc! Tout ceci sous " la fascination de la
voix et du regard de la maîtresse ". Nous verrons plus loin comment, à
partir de cela, a été élaboré un programme et un rythme d’activités.
Comme il est importance de lutter contre la monotonie et l’ennui qui
pourrait prendre l’enfant la maîtresse doit donner un coup de sifflet de
temps en temps. !
Quelles sont
les qualités de la directrice
La directrice doit instruire
par l’exemple, inspirer par l’émulation, faire régner la discipline par la
douceur. " Elle possède un tact exquis, elle est pleine de ressources,
habile, a de la souplesse d’esprit, elle est rompue au métier, a des
qualités de discernement, elle est intelligente, douce, persuasive par son
regard et sa voix…pour se faire obéir. La directrice douce et ferme doit
prévoir les possibilités des enfants de s’exprimer pour que tout se fasse
dans l’ordre. " Nous venons de voir qu’on lui donne d’autres moyens de se
faire obéir.
Le contenu du programme
-L’éducation religieuse
: on enseigne l’ancien testament et le
nouveau. On organise la prière et on apprend à faire le signe de croix. Il
ne faut jamais contraindre un enfant à prier. Il ne faut rien lui demander
par force. D’après les textes du programmes, tout ce qui se touche, se voit,
se sent est un point de départ pour une définition nouvelle et une élévation
de l’âme. On veut que tout le ramène à Dieu que l’enfant "le trouve au fond
des choses". Il ne s’agit pas de longues formules mais on crée une
atmosphère religieuse, et on fait de courtes prière… " mais est cité le "je
vous salue Marie" et le "Notre Père" qui sont des prières longues et doivent
être suivies d’un mémento pour les absents malades.
-Les apprentissages scolaires : La lecture et l’écriture.
Pour le calcul on apprend à compter jusque cent et l’arithmétique
est au programme., on apprend les additions, les soustractions avec le
boulier, les tables de multiplication, les poids et mesure…
L’instruction se fait par des histoires "habilement choisies" ! et des
leçons de connaissances usuelles comme : le temps, les couleurs, les sens,
les formes, les matières, les animaux, les plantes, les états d’Europe, les
capitales, les départements…On apprend des notions élémentaires propres à
former le jugement des enfants. " Ils peuvent entendre ainsi, répéter
l’explication d’images, d’animaux, ou de métiers sur lesquels on provoque
leurs petites réflexions. "
Travaux manuel,
comme nous l’avons vu plus haut : couture, tricot,
parfilage et autres activités appropriées à la région
Chants
Dessins:. .. des figures géométriques ou on fait du dessin au trait.
Notons au passage qu’il est recommandé de ne pas surcharger la mémoire
des enfants.
L’organisation
...reflète les principes de
l’éducation mutuelle :
Basée sur le commandement, la succession des ordres est donnée par la
maîtresse et les moniteurs généraux par une alternance de coups de claquoirs
et de sifflet. C'est ainsi " qu’une salle est plus ou moins bien conduite. "
L’organisation de l’espace assez impressionnante. Rien n’est laissé au
hasard tout est pensé, géré, pire que sur du papier à musique car il n’y a
pas de silences... Les exercices ressemblent fort aux exercices militaires
et pour cause. Les déplacements organisés comme les exercices de l’armée
rappellent que Lancaster s’est inspiré de l’éducation militaire pour mettre
au point sa méthode. De multiples les allées et venues faites par les
"escouades" et " pelotons " d’enfants, gérées par les ordres car
le grand art est de savoir rompre avant que les enfants ne s’ennuient
pas.
L’architecture
intérieure est composée d’une double rangée de gradins avec un
passage au milieu . Il y a des bancs sur le coté avec un espace central pour
les évolutions. Le long des murs : des tableaux, des portes tableaux, des
planches noires, des images. Il y a aussi des tables à écrire, des armoires,
des petites ardoises pour les enfants ainsi que des crayons, bouliers
compteur. Un poêle, une fontaine. Les fenêtres sont à deux mètres du sol
afin que les enfants n’aient pas de distractions.
Un préau où les enfants vont jouer, un auvent pour ranger les paniers de
repas des enfants, ils viennent aussi avec une éponge et un gobelet.
Des lieux d’aisances.

Pour illustrer, voici la ...
...description " minutée "
d’une journée !
Ouverture entre 6 h. du matin et 6 h. du soir pour certaines salles. Fermée
le dimanche et jours fériés.
Il peut y avoir 400 enfants dans une salle d’asile ! le minimum est 20.
-A l’accueil
on va saluer la directrice qui s'entretient avec les
parents et leur donne de bons conseils. Les enfants jouent sous le préau, ou
font des activités manuelles, puis le son de cloche fait " plier bagage aux
petits ouvriers ", Les enfants après s’être lavé les mains vont prendre leur
rang ; les garçons d’un coté et filles de l’autre, aidés des moniteurs
généraux
Les plus grands en tête, précédés des moniteurs de cercle.
-Entrée
en marchant au pas, on lève les mains, au son du claquoir,
dont la maîtresse visite la propreté ! Ensuite on les baisse avec un autre
coup de claquoir. Ceux qui ont des mains sales vont les laver.
-Installation aux bancs, sous la commande des moniteurs généraux, soit au
"banc de lecture" soit "banc des ardoises".
-Prière
à genoux après avoir fait le signe de croix
-Pendant ce temps les moniteurs généraux déplacent les enfants pour
organiser la lecture et l’écriture et garder la place sur les bancs pour
ceux qui sont partis.
-Lecture
après distribution organisée des enfants "aux cercles" par
six autour d’un moniteur qui leur apprend les lettres en montrant un tableau
avec une "touche".
-Pour l'écriture
on reste à son banc après distribution d’ardoises et
crayons. Les plus petits griffonnent sur leurs ardoises. (un quart d’heure)
.... On y fait l’apprentissage de l’alphabet que l’on énumère
éventuellement en chantant.
Ensuite exercices au boulier compteur. On peut faire des mathématiques
avec un mètre, un litre, un gramme, un franc, le décalitre, l’hectolitre,
les carrés, et les cubes. ! On donne les premiers éléments de calcul au
moyen d’un grand cadre renfermant des tringles sur lesquels roulent des
boules de couleur.
-Retour aux bancs
pour ceux qui se sont déplacés.
(Ceci a duré une heure au total depuis l’entrée dans la classe.)
-exercices aux gradins où les enfant montent de façon très organisé par
des successions d’ordres, de signaux d’alignements, de "pieds levés et posés
sur ordre"... de "demi tours de têtes tournées"...de " talons contre les
bancs"...
On apprend le catéchisme
et quelques cantiques.
L’instruction religieuse y succède par des "histoires habilement
choisies"prises sur le vif où l’enfant apprendra la morale.
Après l’histoire sainte : les leçons de choses où l’enfant apprendra les
propriétés et l’usages des objets.
Durant l’Histoire naturelle il apprend la cosmographie et l’astronomie,
les découvertes de la science agronomique, les phénomènes de la physique.
Le tout fait " avec un langage simple. "
-Après la prière on gagne le
préau en marchant au pas.
A midi:
déjeuner après la prière. On gagne le préau en marchant au
pas les uns après les autres.
-Passage aux lieux d’aisance
Les enfants ont apporté leur panier et mangent sous le préau Ce qui
concerne le repas est escamoté, il doit ne durer qu’une demi-heure on ne
sait pas où les enfants s'assoient, sur des bancs sous l’auvent...
Récréation
où l’enfant joue... Les filles et les garçons sont
séparés:
La surveillance ne doit pas gêner les enfants dans leurs ébats car "
l’abandon que chaque enfant met nécessairement dans ses jeux permet à la
directrice d’étudier le caractère des enfants. "
Pendant les récréations ils jouent avec des briques en bois ( méthode
anglaise)
La cloche les appelle pour rentrer…
Après midi
Entrée en classe comme le matin, en rang et au pas en
chantant.
Alternance pour la lecture et l’écriture avec ceux du matin.
On organise le décrochage des ardoises par les moniteurs à coup de
claquoir et sifflet, de regards tournés vers la maîtresse, de bras croisés,
de têtes droites. Pareil pour les raccrocher.
On travaille silencieusement pendant 15 minutes.
On remonte aux gradins pour faire d’autres travaux, travaux manuels ou
leçons de choses….
-Une dernière prière et l’on sort sous le préau en attendant que les
parents viennent chercher les enfants
Un objet "pédagogique" : le claquoir !
Seule la maîtresse manipule le claquoir et donne des coups
de sifflet. :
29 fois,
il est mentionné dans le manuel, pour une heure
d’aller et venues des enfants. Que ce soit pour donner un ordre ou marquer
le pas par la directrice ce qui ferait sur une heure un coup de claquoir
toutes les quatre minutes !
Il sert à donner des ordres et à donner le signal d’une rupture par
exemple pour modifier un chant afin que les enfants ne se lassent pas.
Ce qui est commandé, sollicité chez l’enfant:
-S’aligner!
-Marcher!
-Marquer le pas sur place en chantant!
-Rester immobile!
-Avancer en tenant son voisin de devant par l’épaule!
-Tourner la tête à droite où à gauche suivant que l’on est un garçon où
une fille.!
- Aligner les pieds!
-Lever le pied gauche avant de marquer le pas ou de monter les marches
des gradins!
-Les talons contre les bancs!
-A genoux!
- Les mains, (gauche et droite) au dos la main gauche au dos, lever la
main la faire tomber sur l’épaule du chef de file.!
-On croise les bras!,
-Le doigt sur la bouche!
-Abaisser sa blouse ou son tablier!
-Le regard fixe!
-La position assise où debout,
monter, descendre!
-Saluer pour les garçons et faire la révérence pour les filles!.
Pour les moniteurs: poser la main sur le vêtement ou sur l’épaule et le
regard levé, saisir la touche, ramasser les ardoises !
Dans un article
il apparaît une fois que le claquoir et le sifflet employés dans les salles
d’asile seraient remis en cause par une lectrice.
Voici ce qui est répondu: " Le claquoir est un signal d’autorité, un
guide, un appui, le sifflet impose le silence, le claquoir dirige le bruit,
met de l’ordre dans le désordre, règle la marche. Avec le claquoir on a
l’harmonie car sans lui on entend que le bruit des sabots, il donne la
mesure du chant et c’est grâce à lui que les enfants s’en souviendront.. Le
sifflet et le claquoir sont indispensables pour la conduite des salles
d’asile sans eux ni attention, ni régularité, ni silence!"
Les ages
Dans une même salle se retrouvent des enfants de 2 et 7 ans! Cela
présenterait la possibilité d’indentification
des plus petits de 2 à 5 ans,
aux plus grands, ils "laissent absorber leur petite personnalité" ! Le
propos est qu’ils soient en quelque sorte absorbés, par l’ensemble de
l’organisation. Il s’agit qu’ils ne s’isolent pas ni se séparent des autres
et des exercices qui leur sont proposés
Ces petits seront toujours un problème... on peut imaginer qu’ ils
s’ennuient, baillent et dorment. Mais c’est à la directrice s’adapter à tous
les enfants. Il lui faut savoir présenter les leçons dans leur extrême
simplicité pour que les plus petits s’élèvent naturellement vers les plus
grands.
S’il ne faut pas les séparer ; afin de permettre aux plus grand de faire
du scolaire, il est souhaitable qu’il y ait une autre personne pour les
petits qui dissiperait, amuserait et s’occuperait de ce " petit peuple " en
faisant des jeux manuels, des évolutions fréquentes, exercices variés dans
la cour, dans le jardin ou le préau couvert, quelques historiettes sur les
récits de la créations, le nom des lettres tout au plus, tout cela
diversifié à l’infini…
On essaie de trouver des solutions comme ce qui se fait au Cours Pratique
et chez Mme Joly à Paris où on a séparé les enfants sans augmentation de
personnel. Comment ?
Ce problème commencera à se résoudre au début du siècle suivant. En 1910
des propositions se sont élevées non seulement pour séparer les petits mais
aussi pour qu’il n’y ait pas de Maternelles avec plus de 100 enfants !
Les créations
se feront dans les paroisses; par le curé ou le
pasteur, en association avec l'hospice, avec le bureau de bienfaisance.
Elles peuvent être annexées à des manufactures (celles de Vierzon, de Saint Gobain...).
Elles peuvent être fondées par des particuliers, soutenues par
des subventions privées.
Les formules sont très
différentes.
Quelques fois les garderies se
feront concurrence.
Les fondateurs font le contrôle avec un
Comité de patronage.
Il faut un billet émis par le Bureau de Bienfaisance, pour y entrer.
Des correspondances seront entretenues avec des pays étrangers
qui possèdent aussi des salles d’asile.

Dates principales
de l’évolution des salles d’asile
en particulier sur
le plan de la législation.
En 1829: règlement de la Préfecture de la Seine, sanction du ministère de
l'Intérieur.
En 1833 : Denys Cochin écrit le
"Manuel des salles d'asiles".
Première circulaire ministérielle sur l'éducation de la petite enfance,
par Guizot, ministre du premier degrés de l'enseignement primaire. L’enfant
reçoit "des
soins physiques, une éducation
morale et intellectuelle
". "
C'est aussi la base de l'Instruction Primaire "
En 1835 : création de la revue:
"L'ami de l'enfance" qui s'adresse aux
directrices des salles d'asile. Monsieur Batelle, administrateur des
Hospices en est le créateur.
En 1836 les Salles d'asile quittent les Hospices et passent aux
municipalités,
pour dépendre par la même occasion de l'Instruction Primaire.
Donc elles sont aux mains d'un pouvoir mixte; il y a des difficultés entre
les Dames fondatrices et les pouvoirs publics.
En 1837:une Ordonnance royale de Salvandy (neveu de Mme Mallet) parait
sur l'organisation des Salles d'asile. L'Inspection Générale est créée,
ainsi qu'un certificat d'aptitude. "Les salles d'asile sont des
établissements charitables pour recevoir des soins de surveillance
maternelle et de première éducation que leur âme réclame". Le pouvoir des
Dames Charitables est réduit à la surveillance des principes religieux et
moraux et
aux soins.
L'Instruction Primaire est chargée des apprentissages
plus scolaires.
En 1846: il s’agit de "Mettre
l'enfant à l'abri des dangers de la rue" donc retour à une dimension plus
sociale
En 1847: création d'une maison d'étude pour les maîtresses par Salvandy .
C' est : "Le Cours Pratique des salles d'asile" avec Marie Pape Carpantier
.
En 1848, lors de la révolution, Hyppolite Carnot tente de supprimer le
terme de "salle d'asile " pour le remplacer par celui d' "école maternelle "
pour supprimer la dimension d'assistance.
Création d'une Ecole Normale maternelle des salles d'asile de Paris.
En 1855: "Les salles d'asiles sont des établissements
d'éducation
où les
enfants des deux sexes reçoivent les soins que réclame leur développement
physique et moral". Alerte à l'enseignement trop important.
En 1859: on simplifie l'enseignement mais avec un programme très rigide
comme à l'école.
Les principes religieux sont enseignés jusqu'en 1881 où ils sont
remplacés par l'éducation morale.
Evolution de l’enseignement dans les salles d’asile Le contenu varie
entre
le social, le politique, l éducation et instruction.
C'est ce qui va
caractériser toute l'histoire des institutions de la petite enfance. Il y a
aussi de nombreuses contradictions entre les souhaits, le programme proposé
et les possibilités de le réaliser, entre le trop et le trop peu de contenu
et surtout mal approprié. La préparation à l'école va interférer plus ou
moins dans les programmes. L’éducation de la petite enfance est le fruit de
nombreux tâtonnements…
En 1882 les salles d’asiles seront remplacées par les
Ecoles maternelles
et oubliées, car on fera tout pour...
Mais il faudra longtemps pour que
le regard pour l’enfant et son éducation soient différents.
Quantité de salles
Paris:
1830: 24 salles, 900 enfants
1836: 3600 enfants
1853: 40 salles
1875: 9000 enfants
En France:
1846: 200salles, 95000enfants
1867: 43.2100 enfants
1883: 679.000
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